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Rois et reines de la fripe

A Marseille, sur la Plaine, mardi, jeudi et samedi matin,on vend de tout, du matériel de bricolage au vêtementd’occasion. Sur la grande place transformée en marché, lecoin le plus pittoresque est le stand des fripiers.

Poussettes, mères de famille surchargées, passants somnolents. Les gens sebousculent ou vont leur train, sans se presser. Des grappes de gosses zigzaguent aumilieu de la cohue. Passé 8h30, se frayer un passage dans le goulot qui ouvre le marchétient du combat. On progresse lentement, certains à coups de hanche ou de coude, dansdes effluves de pælla, d’orange coupée et d’odeurs corporelles.

Il suffit d’obliquer à droite pour soudain respirer. Les étals de fripes croulent sousune profusion de marchandise mais les allées sont larges. Edwige, visage usé, cheveuxnoir corbeau, ordonne son petit point de vente avec un faux air renfrogné. Trois ouquatre de ses copines, au teint basané de gitane ou cheveux décolorés, s’interpellent pardessusles têtes. Derrière, des camions bâillent, portes ouvertes. Un type essaie de seregarder en veste dans le rétroviseur. Un camelot mange distraitement sa portion depizza. Partout des gens et encore des gens.

Des dizaines de mains, des milliers de doigts qui brassent des amoncellements devêtements dans le mouvement de flux et de reflux de la foule. Les chiffonniers plongentles bras dans le tas remontant d’un grand geste les pièces inaccessibles. « 1 € 1 € les 2, 1€1 € 1 € les 2 », dit l’un. « 2 € la pièce et 5€ les 3 », dit un autre, du haut de son tabouret.Quelques hommes fouillent sans un mot, à la recherche de l’aubaine. Les acheteurs sontsurtout des femmes. De tous les âges et de toutes les classes sociales. Patientes,méticuleuses, elles prennent leur temps. L’article est inspecté sous toutes les coutures.On compare, on discute. Parfois il voyage de main en main. De la dame à la retraite à lafemme voilée. Le voisin, la voisine, donne volontiers son avis. Vous n’aurez pas besoin deraccourcir, voyez ! On se conseille, on rit, on fraternise. Le vêtement finit souvent sonpériple englouti par le brassage incessant.

Billets, pièces jaunes. L’argent passe et repasse dans un ballet de mains multiples.Les porte-monnaie s’ouvrent et se ferment. « 3 billets : 2 pour moi, 1 pour toi ! » plaisante unrevendeur. De grands rires et des exclamations traversent l’air un peu frais, le ciel grisbordé d’immeubles cossus et d’arbres sans feuilles.

A la fin du marché, on ne voit plus que sacs poubelle et des sacs de plastique engoguette que le vent balade pour se distraire.

Cécile de Ronde

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