L’édito


Un journaliste, c’est quelqu’un qui raconte des histoires. Pas des boniments, pas des affabulations, pas des conneries. Des histoires. Celles de la vraie vie. L’histoire d’un débat au conseil municipal, d’un match de foot, l’histoire d’une lutte sociale. L’histoire d’un ministre qui somnole à l’Assemblée nationale ou celle d’un sans-papier qui se suicide en centre de rétention. L’histoire d’un écrivain, d’une polémique, d’un braquage, d’un projet de loi, d’un concert. L’histoire d’une guerre mondiale et celle d’un loto du 3ème âge.


Et si ce sont toujours les mêmes: des hommes, blancs, parisiens, de 40 ans, d’origine judéo-chrétienne certifiée, ayant fait de bonnes études, qui racontent ces histoires, c’est embêtant. Il faut que d’autres puissent aussi en être. Ce n’est pas une question de « respect de la diversité » (air du temps), c’est une question politique: il manque dans toutes les rédactions de France des journalistes issus des classes et des quartiers populaires.


Sans illusions naïves, sans angélisme, mais bien avec la volonté ferme d’entrebailler quelques portes, l’Atelier-journalisme de Marseille (AJM) s’est lancé en novembre 2006, s’inspirant d’une initiative similaire menée en Seine Saint-Denis, notamment par des journalistes du mensuel Regards. Objectif: proposer une formation gratuite permettant d’acquérir les savoir-faire basiques du journaliste rédacteur en presse écrite. Sous la forme d’un rendez-vous hebdomadaire, encadré par deux journalistes professionnels, et prioritairement destiné aux jeunes des quartiers populaires. Mais pas uniquement à eux, parce que l’AJM n’entend pas s’enfermer dans quelques schémas de ghettoisation que ce soit. Certain(e)s sont là simplement parce que leur parcours, leur motivation nous ont séduit et il a été considéré en toute subjectivité qu’ils avaient leur place dans ce projet. Au final, une douzaine d’individus âgés de 17 à 36 ans qui tou(te)s ont choisi de rajouter cette charge de travail à leur emploi du temps de lycéennes, étudiant(e)s, salarié(e)s.


En juillet 2007, les jeunes de la première « promo » de l’AJM (2006-2008) créaient leur journal-école. Le Petit insolent a existé le temps de trois numéros (disponibles aux Archives).


C’est quoi l’histoire? est donc le blog mis en place par les nouveaux stagiaires. Un « blog-école », en quelque sorte. Ce support s’est naturellement imposé  tant il est clair que l’avenir de la profession s’écrit aujourd’hui en grande partie sur Internet.  Sans être encore abouti (notamment au plan des modèles économiques), ce bouleversement est en cours et ne peut être ignoré, surtout pas avec la nouvelle génération d’apprentis-plumitifs. Pour autant, la presse écrite n’est pas morte, loin s’en faut, et ses fondamentaux demeurent: il faudra toujours des journalistes capables de recueillir l’information, la vérifier, la mettre en forme et la rendre intelligible. C’est un métier.


Aussi, C’est quoi l’histoire? ne s’inscrit ni dans la case du « journalisme participatif » (autre air du temps), ni dans celle du « témoignage citoyen ». Mais entend pleinement donner à lire des reportages, entretiens, portraits, billets d’humeur, chroniques, etc.,  ayant tous la modeste prétention d’être des articles de presse. Ecrits par des jeunes qui  débutent et souhaitent a minima se familiariser avec les ficelles d’un métier dont certains envisagent même de faire leur profession. C’est tout le mal que nous leur souhaitons. Et les patrons de presse en quête de rédacteurs-trices motivé-e-s sont les bienvenus sur ce blog.


Voilà l’histoire.


Emmanuel Riondé  – mars 2009

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3 réponses à “L’édito

  1. Douat

    Salut à l’Atelier de Marseille et révérence à l’auteur de l’édito. Bienvenue à vous donc, sur le ouèbe (air du temps) et que la facilité technique à publier on laïïïne vous éloigne de l’à peu près du journalisme participe-hâtif.
    Mais si j’en juge par le petit tour que je viens de faire, il y a là une énergie et une envie plus que bienvenue.
    A plus et bon vent
    Rémi D.

  2. Rafi.H

    Aprés moultes pérégrinations à travers blogs et sites divers, j’atterris par un heureux hasard, sur votre jolie « histoire ». Salut donc à vous et à vos « apprentis-plumitifs ». Marchez, rencontrez, écoutez, observez, écrivez sans jamais réécrire et bonne continuation….
    Rafi. H

  3. Un grand salut à cette initiative: bienvenue dans le paysage et le contexte de ce mois de mai en criiiiiiiiiiise !
    Une belle chose que l’école, à défendre, à inventer ou réinventer. C’est ce que vous faites .
    A plus
    Pascale Grillandini

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