Jules Guesde, place du commerce illégal

Dans le quartier de la Porte d’Aix, ventes, achats et trocs en tout genre animent chaque jour la place Jules Guesde. La police vient parfois faire des descentes au coeur de cette population cosmopolite qui tente, en se livrant à la vente à la sauvette, de gagner quelques euros.

Un reportage de Taha Jemili


« Chemma, malboro, legend, cigarett, n orro…! », annonce le vendeur dés qu’il voit un passant se rapprocher de la zone. La place a été aménagée en parking en plein air entre l’arc de triomphe de la porte d’Aix et le siège du Conseil régional. Des magasins tout commerces, trois cafés, deux snacks, une boulangerie, une boucherie et des boutiques de chaussure et de vêtement l’entourent. Des maghrebins, des africains, chômeurs ou retraités pour la plupart, s’y retrouvent quotidiennement. Tout et n’importe quoi se vend et s’ achète à moindre prix, place Jules Guesde.

Exposée à même le sol, la marchandise attend acquéreur. Dés l’aube, le ballet commence. Après le passage des arroseurs et balayeurs de la ville, les Roms arrivent les premiers, exposant leurs marchandises sur les trottoirs. Pendant ce temps, leurs enfants prennent leur petit déjeuner assis sur de gros sacs ; d’autres font leur besoins entre les voitures. Les gens commencent à venir, observent, tournent, se renseignent, demandent le prix puis marchandent les articles proposés. Le départ est donné, le marché est ouvert, la vente se fait à la criée « n orro!, dou orro!, non, oui, ok, cibon!… », les accents arabe et roumain se mélangent et réinventent la langue de Molière.

« travailler plus, gagner plus ! »

Le soleil est à peine levé. Des téléphones se mettent à sonner, l’info tombe : la police municipale arrive, toutes les affaires doivent être ramassées. Ceux qui ont un sac léger s’assoient à une terrasse de café. Ceux qui possèdent de gros sacs et des poussettes, remballent tout et se cachent entre les voitures avec leurs enfants. C’est « l’alerte à la bombe »… Tout le monde doit entrer au refuge. La patrouille arrive, fait son contrôle, tout se passe bien. Un camion de ramassage d’ordure collecte le reste des articles laissé par les fuyards. L’un d’eux supplie un policier de lui restituer ces objets en jurant qu’il ne viendra plus. Mais, cette fois, la police est ferme : tout doit disparaître. « C’est une bataille quotidienne avec ces gens là. Ils ne comprennent pas, ils veulent imposer et placer un QG de commerce illégal, ils veulent s’implanter », confie un policier.

Deux heures plus tard, la place est désertée. Mais à 11h, comme dans un film de fiction, les vendeurs réapparaissent. Certains sortent des voitures, les autres du mur, des cafés. « Ils sont partis, le marché se replace, viens vite, dépêche toi! », crie l’un des vendeurs au téléphone. D’autres fournisseurs arrivent avec des vêtements, des chaussures, des fruits et légumes, des cigarettes… Une mosaïque d’articles qui se vend à petit prix. « Ancien, neuf, noir, blanc, qu’importe, le plus important c’est de gagner notre pain autrement, travailler plus gagner plus!  Ce qu’a voulu Sarko …» ironise un jeune homme. Le chiffre d’affaires varie de 30 à 80 € pour un bénéfice de 5 à 20 € par jour. « C’est une somme qui aide à couvrir les dépenses à la fin du mois » explique une vendeuse.

Des marchandises moins chères, des fruits et légumes, du lait frais, quelques articles anciens mais en bon état. « De temps en temps, je viens ici à la recherche d’objets pas trop chers et pour faire le ravitaillement quotidien » souligne un visiteur régulier. En général, la place est agitée du matin au soir, parfois jusqu’à 20h. « Il y a des jours, la police reste toute la journée, c’est calme. D’un côté, c’est bien mais de l’autre, ce n’est pas pratique, car il faut aller loin pour s’approvisionner », raconte une habitante. Un véritable commerce parallèle qui a pris toute sa place dans le quartier. Au risque de créer une concurrence déloyale avec les magasins de proximité qui s’y trouvent? « Pour nous ce n’est plus un souci, explique le gérant d’une boutique. Comme eux, nous avons trouvé la solution: nous sortons nos marchandises devant nos magasins avec des rabais toute l’année. »

T.J.

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Classé dans Marseille, Quartiers, Reportages

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