Marsatac, un festival en péril

En septembre prochain, Marsatac s’installera au Dock des Suds. Une décision qui intervient après l’échec des négociations entre les organisateurs et la mairie. Depuis sa création il y a dix ans, le festival de musiques nouvelles a du mal à trouver sa place à Marseille, malgré un succès qui ne se dément pas. Dro Kilndjian, l’un des co-fondateur, envisage de le délocaliser l’année prochaine.

Par Samir Akacha



Marsatac 1

Feist, Mos Def, Seun Kuti, Laurent Garnier… Depuis sa naissance, il y a dix ans, Marsatac a accueilli et révélé de nombreux artistes de talent. Et ce festival est devenu le rendez-vous incontournable des musiques urbaines et électroniques, décrochant ses galons d’acteur culturel majeur. En septembre 2008, vingt-sept milles personnes, venues de toute la France et parfois de l’étranger, ont assisté à la dixième édition.

Pourtant, malgré ce succès qui vaut chaque année au festival une grosse couverture médiatique, la ville de Marseille semble le voir comme un indésirable.

« La municipalité ne nous a jamais réellement soutenu, rapporte Dro Kilndjian, programmateur du festival. Nous sommes dans des rapports assez tendus depuis des années. C’est un évènement qui est plus subi que désiré par l’équipe municipale « .

A tel point que l’édition 2009 de Marsatac a failli être annulé. Petit retour en arrière.

Depuis 2008, les organisateurs savent que l’esplanade du J4, non loin du Vieux port, ne pourra continuer à accueillir Marsatac comme elle le faisait depuis quatre ans: le musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (le MUCEM) doit y voir le jour en 2012.

Contraints de chercher un nouveau lieu, ils se tournent vers la municipalité. En janvier, la mairie leur propose de s’installer sur un terrain vague, en contrebas d’un centre commercial, au nord de Marseille. Non loin d’un site où un cinéma UGC a été rasé, à cause de l’instabilité du terrain et malgré des millions d’euros de travaux de consolidation…

Marsatac 2« Impossible », répond Dro Kilndjian, « le terrain proposé est non viabilisé, des études de sol sont à faire, que la mairie nous demande de prendre à notre charge. De plus, comment emmener sur site quinze milles personnes par jour, alors que le lieu est peu desservi par les transports en commun? On nous promettait de débuter les travaux dans les deux à trois mois suivant la réunion. Mais un festival de cette ampleur nécessite neuf à dix mois de préparation. »

Début mars, après avoir décliné l’offre, les organisateurs font leur choix: ils décident de louer le Dock des Suds, une salle marseillaise qui, chaque année en octobre, accueille un autre événement majeur, la Fiesta des Suds, afin de conserver le caractère urbain de la manifestation.


Une polémique malsaine

Ce n’est pas la première fois que les relations avec la mairie sont tendues. Après avoir pris ses quartiers dès le début en 1999 à l’espace Julien, Marsatac s’était installé en 2004 dans les jardins du Palais Longchamps. Mais trois semaines avant le début du festival, la ville leur avait demandé de déménager. Raison invoquée: le bruit, dérangeant les riverains…

Cette année, avant de choisir le Dock des Suds, les organisateurs ont demandé à s’installer sur les plages du Prado, qui possèdent d’immenses surfaces de pelouse et accueillent en été les tournois de beach soccer et de beach volley, ainsi que des écrans géants à l’occasion des grands match de foot. Une demande à laquelle la municipalité a opposé un non ferme, doublé d’un étrange reproche suite au refus de Dro Kilndkjian d’investir le terrain vague proposé: selon la mairie, les organisateurs de Marsatac ne voudraient pas s’investir dans les quartiers nord, les faisant passer pour des bobos capricieux. « C’est un faux prétexte, se défend Dro Kilndjian. Ils nous ont poussé à aller dans les quartiers Nord parce qu’ils ne voulaient pas nous mettre ailleurs, ils ne veulent pas gêner les plus riches ».


Marsatac, et après?

Marsatac 3« Nous pensions qu’avec l’élection de Marseille comme capitale européenne de la culture en 2013, une nouvelle dynamique culturelle allait émerger, regrette le co-fondateur du festival. Et que le festival allait enfin être reconnu à sa juste valeur. C’est d’ailleurs ce qu’a compris l’équipe de Marseille 2013, qui nous a présenté comme tête de pont de l’évènement ».

Dro Kilndjian reproche à la mairie des choix orientés par des considérations politiciennes: « Les manifestations comme les notres intéressent peu ces gens car les musiques actuelles sont considérées comme des forces de gauche. On s’est même vu répondre qu’ils ne voulaient pas financer leurs adversaires politiques. C’est une municipalité qui ne comprend pas les enjeux culturels, et n’a pas de connexion avec une jeunesse dont elle s’est éloignée ».

Du coup, après tant de dissenssions et d’affrontements, Marsatac s’interroge sur son avenir. Les organisateurs regrettent de devoir passer leur temps en conflits administratifs plutôt que de développer le festival. Et envisagent désormais très sérieusement de quitter la ville: « On va sûrement trouver une solution mais ce n’est pas simple, c’est une difficulté pour la manifestation elle-même. Parce que quitter la deuxième ville de France pour aller dans une ville moyenne ou un village, c’est prendre un virage et le risque de perdre une partie du public… Mais on va le faire, car nous tenons absolument à travailler dans de meilleures conditions. Comme elles ne sont pas réunies ici, il est quasi-certain que la douzième édition, en 2010, n’aura pas lieu à Marseille ». A ce jour, les organisateurs sont en contact avec une quinzaine de communes.

S.A

Publicités

9 Commentaires

Classé dans Culture, Marseille, Mouvement, Quartiers

9 réponses à “Marsatac, un festival en péril

  1. Nastasi Sophie

    Très bon article 🙂

  2. Dianké

    Bon article, bien écrit. Tu n’as pas réussi à avoir le point de vue de la mairie? Ça aurait été intéressant d’avoir leur point de vue sur la situation…
    Enfin, chapeau bas!

  3. Djafri Julia

    Tu t’ est trop bien gérer !! felicitation M Akacha !! Vivement le prochain !!

  4. Medhi

    Vraiment pas mal pour un premier article.

  5. marie-ange patrizio

    oui, c’est bien écrit, agréable à lire, et ça informe très bien sur le problème, Samir ; mais :
    l’édition 2009 de Marsatac a failli être annulé (éE)
    Vieux port (Vieux-Port)
    Palais Longchamps (sans S !!)

    Moins un point pour l’orthographe…
    Sinon, bravo ! au suivant.
    marie-ange

  6. Thien

    Felicitations! J’adore l’ecriture!

  7. William

    Bravo Monsieur, très bon article, ça fait pro ! bien géré, on a presque envie d’en savoir plus même.

  8. Marseille, capitale européenne de la culture 2013, qui laisse à la rue un de ses plus grands festivals… Paradoxal, pas vrai ? Chapeau à cet article qui dénonce la politique culturelle de la ville à travers, sans doute, l’un des plus scandaleux problèmes de gestion culturelle de la Cité Phocéenne. Triste ville…

  9. pale

    Pauvre ville « courage »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s