Le mouvement se durcit à l’Université de Provence

Enseignants-chercheurs et étudiants de l’Université de Provence sont en grève depuis plus de deux mois. Le 31 mars, ils ont reconduit le blocage de leurs locaux. Mais les étudiants commencent à s’inquiéter des conséquences du mouvement sur leur année universitaire.

Par Lesly Zinet

(photos – manifs à Marseille -, à voir sur le site de l’Université de provence)

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284 voix contre 188. Mardi 31 mars, l’assemblée générale (AG) des étudiants de l’Université de Provence, réunie à Aix, a voté la poursuite du blocage. Depuis le début de la mobilisation en février, les professeurs souhaitaient à tout prix éviter ces piquets de grève, le libre accès aux locaux étant pour eux une garantie du maintien du dialogue avec les étudiants. Certains enseignants, bien que favorables aux revendications, ont donc assuré quelques cours. Depuis la mi-mars, des barricades de tables et de chaises empêchent l’accès aux locaux. Et ce blocage, comme les délogements de cours qui l’ont suivi, ont découragé la tenue des enseignements. Désormais, tout se joue, ou presque, dans les AG du mardi.

Les enseignants ont, eux, reconduit leur mouvement de grève lundi 30 mars en opposition à la réforme de leur statut et des concours de l’enseignement. « On est dans une action [la grève] qui pour l’instant embête nos étudiants. Maintenant, on veut passer à la vitesse supérieure », a affirmé Dominique Batoux, directrice des départements d’anglais et d’allemand.

La vitesse a bien été passée : lundi 16 mars, 112 enseignants ont annoncé qu’ils allaient remettre leur démission de leurs responsabilités administratives au président de l’université. Celui-ci a indiqué qu’il avait deux mois pour les accepter. « Sous-entendu : pour l’instant vous continuez à faire ce que vous avez à faire. », a repris Dominique Batoux. A terme, l’initiative pourrait paralyser de nombreux services de l’université.


Mise en garde

07Les inquiétudes des étudiants, elles, s’étaient manifestées lors de la dernière AG du département d’anglais : certains, devant partir en stage dans les jours suivants, n’auront quasiment pas eu cours du semestre. « Nous sommes torturés à l’idée de ne pas faire cours, a répondu une enseignante, mais c’est la seule chose qui dérange ». D’autres se posent aussi la question des cours et des examens, mais considèrent plus important de soutenir leurs professeurs. L’éventualité de reporter les épreuves en septembre a également été soulevée. Cette hypothèse, peu envisageable, poserait le problème des étudiants étrangers, de ceux qui travaillent l’été, ou des salariés en formation continue.

Ce sera au Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire (CEVU) de se réunir pour décider des modalités d’évaluation. Sa dernière session a été perturbée par les enseignants grévistes qui en sont membres et certains de leurs collègues.

Dans un message aux enseignants, le président de l’université, Jean-Paul Caverni, a réaffirmé « [son] soutien aux revendications sur le fond […]. ». Une prise de position confirmée par son vote lors des conseils ou par son action auprès des ministères pour « rappeler les prérogatives constitutionnelles des enseignants-chercheurs […]. ». Mais il a aussi rappelé « le devoir de veiller à l’intérêt immédiat des étudiants […]. ». C’est-à-dire à la validation des diplômes.


Surenchère

10Au début du mouvement, les enseignants avaient demandé le soutien de leurs étudiants. Ces derniers semblent en avoir désormais pris les commandes. Si les revendications des universitaires demeuraient circonscrites à des questions précises, les étudiants les plus engagés réclament maintenant l’abrogation de toute la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) mais également du processus de Bologne, qui depuis 1998 élabore un espace européen de l’enseignement supérieur. Une radicalisation illustrée par ce propos d’une étudiante en AG : « Quand on rétablira l’esclavage, ceux qui veulent négocier iront discuter le poids des chaînes »…

Le Plan Campus, projet de rénovation des sites universitaires auquel les universités d’Aix-Marseille ont été associées, a été validé par le ministère le 24 février dernier. Son montant s’élève à 589 millions d’euro, autant que les droits télé du football professionnel en France… C’est l’opération majeure de la LRU. « Nous n’avons pas le panache des Kerviel et des Madoff, s’était écriée une enseignante en AG. Nous sommes des petits gagnants et des petits perdants.». Faites vos jeux ! Rien ne va plus !


L.Z


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Classé dans Marseille, Mouvement, Reportages

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