Les délogés de la République

epuis 2004 et jusqu’à ce jour les habitants de la rue de la République à Marseille font l’objet de pressions visant à leur faire quitter leurs appartements. Les deux grands propriétaires de la rue souhaitent « relooker » le quartier pour ensuite revendre ou louer les logements à une population plus aisée.

Un reportage de Kathleen Berezay (photos: K.B.)

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« Mon immeuble est vraiment dans un état catastrophique; en plus je paye des charges tous les mois mais il n’y a ni femme de ménage ni lumière » explique Charles. Il continue d’un air énervé en levant les mains vers le ciel, « J’habite au 5éme étage mais l’ascenseur ne marche même pas. Je n’arrête pas d’envoyer des emails au propriétaire mais personne ne me répond. Je commence vraiment à en avoir marre. Ça traine, ça traine. ». Il n’est pas le seul à vivre dans cette situation, beaucoup d’autres locataires du quartier de la rue de la République subissent le même sort.


Car ce qui avait commencé il y a 4 ans n’en finit plus: à ce jour, environ 70 à 80 familles de locataires d’Atemi/Marseille République, société propriétaire d’une partie de la rue, sont toujours soumises à des pressions pour quitter leur logement . Ces familles vivent dans des appartements non encore rénovés et très souvent délabrés. De même, les locataires d’ANF/Eurazéo, une autre société également propriétaire de la rue, vivent constamment sous la menace de hausses de loyers à l’échéance de leur bail. Tous doivent choisir : déménager et partir vivre dans des logements sociaux, le plus souvent en dehors du centre-ville, ou rester dans leur quartier et se battre contre leur expulsion. En 2004, sur les 1350 logements en possession de Marseille république, seuls 550 étaient occupés par des familles, le reste étant vacant et/ou squatté. Aujourd’hui, prés de 200 d’entres elles ont dû quitter, de gré ou de force, ce secteur de la rue de la République.


Résistance

dsc02169La rue de la République se situe au cœur de Marseille, elle commence sur la rive du vieux port et s’étend jusqu’au quartier de la Joliette. Autrefois surnommée « la rue Impériale », connue pour ses vieux immeubles haussmanniens, elle est depuis 2002 en pleine transformation suite à une politique de renouvellement urbain du centre-ville. En 2004, la réhabilitation du secteur devient l’objet d’un conflit entre les propriétaires des immeubles et les locataires. Les deux nouveaux actionnaires, Marseille République et ANF, souhaitent restaurer les appartements et construire des surfaces commerciales. Mais pour cela , les immeubles doivent être vides et c’est à ce moment que les problèmes commencent: les locataires reçoivent sans tarder des lettres de congés de bail sans proposition de relogement ou un courrier leur annonçant une augmentation de loyer.

Pour lutter contre leur expulsion, les habitants demandent de l’aide à l’association Un Centre Ville Pour Tous (CVPT) qui les conseille sur la façon de procéder et les informe sur leurs droits. La même année, ils décident de se mobiliser : 222 locataires signent une pétition intitulée « il faut rester » et 500 personnes manifestent devant la mairie avec des banderoles « j’y suis ; j’y reste ». En 2005, une permanence est mise en place par CVPT pour accompagner les locataires dans leurs démarches . Cette permanence existe encore aujourd’hui et Antoine Richard, un membre du bureau de l’association, leur donne des conseils: « Surtout ne jamais rien signer et toujours tout vérifier. Il explique ensuite : Il faut que les habitants fassent attention aux pressions exercées par les propriétaires. Ils vivent dans un environnement inconfortable et terrorisant : les immeubles ne sont pas entretenus, les portes sont fracassées, il n’y a plus d’électricité et, de plus, des squatters prennent place dans les appartements abandonnés. Je dirais qu’environ une centaine de personnes vivent encore dans des parties non rénovées. »


Pressions

dsc02165Les habitants de la rue ne veulent ni partir ni signer un nouveau bail. Mais de 2005 à 2006, Marseille République accentue les pressions et les menaces pour faire partir les locataires en fin de bail. Ce propriétaire les pousse à bout en laissant les immeubles se dégrader. Un locataire témoigne : « ma porte d’entrée est fracassée et le niveau d’humidité de mon immeuble est très élevé. Ma femme est souffrante mais elle doit monter les 5 étages à pied car l’ascenseur est toujours en panne. » D’autres locataires reçoivent un courrier leur annonçant qu’ils pourront rester dans leur appartement à la fin de la rénovation mais que leur loyer pourrait doubler voire même tripler. « En augmentant les loyers, le propriétaire veut virer les pauvres pour y installer les riches » s’exclame un habitant révolté. En octobre 2008, sur le total des logements occupés par les locataires d’ANF/Eurazéo (950 sur 1366), 23% des baux auraient été renouvelés et revus à la hausse.

D’un coté, les immeubles prennent belle figure, les appartements sont retapés et de nouvelles enseignes commerciales apparaissent. Mais de l’autre, les habitants sont chassés de chez eux pour libérer leur logement. La transformation de la rue de la République va de pair avec la transformation de la population du quartier.


K.B


Les propriétaires successifs des immeubles de la rue de la République

  • Avant 1987 : La Société Immobilière Marseillaise (SIM)
  • 1987 : Danone avec sa filiale Cofinda et la SIM
  • 2000 : P2C Immobilier et la SIM
  • 2004 : Lone Star (un fond de pension texan) avec sa filiale Marseille République et Eurazéo (une société d’investissement) avec sa filiale ANF
  • 2007/2008 : Atemi Immobilier (filiale française du fonds de la banque américaine Lehman Brothers), Buildinvest (une société d’investissement immobilier) et Eurazéo/ANF

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2 Commentaires

Classé dans Marseille, Reportages

2 réponses à “Les délogés de la République

  1. Richard

    Votre article est de bonne qualité selon moi
    Il manque cependant quelques lignes dans le paragraphe « résistances » où aurait pu être formulé le fait que la résistance a permis, non à tous car nombreux ont été abusés par les agents de Marseille République, mais à une partie significative des habitants d’être relogés dans le secteur, surtout dans les imeubles dédiés au logement social (selon les termes de la convention OPAH de 2002 obligeant les 2 gros propriétaires à consacrer 1/3 de leur patrimoine immobilier à du logement social

  2. charles

    Cette rue est une catastrophe et un fiasco, les commerces sont étouffés par des loyers exorbitants et des ventes qui ne décollent pas même les grandes enseignes ne veulent plus y rester. Les appartements sont hors de prix pour le même prix on peut habiter au roucas blanc ou à vauban !!!
    Et de plus l’insécurité y est permanente !! La spéculation a tué le centre de Marseille car c’était, c’est et restera une ville populaire

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