Pagaille dans le centre ville

Matin midi et soir la Porte d’Aix, située en plein centre ville de Marseille, est une vraie fourmilière.La place surpeuplée, bondée de voitures et piétons, est un désordre incessant du à son grand nombrede commerçants et aux infrastructures mal organisées.

C’est le désordre. Les voitures klaxonnent, des injures fusent, les véhicules stationnent sur lestrottoirs obligeant les piétons à marcher sur les routes comme si c’était naturel. Les feu rouge et legrand nombre de routes engendrent des «amats» de personnes qui bloquent la circulation. «C’est lemonde à l’envers à la Porte d’Aix» annonce un passant.

Au moment de traverser l’organisation n’est guère meilleure, c’est même pire. Et les derniers travauxd’aménagement des routes ne semblent ni réjouir ni arranger les habitants. Une petite femme voiléenoire dont la silhouette est masquée par une djellaba lance à une autre dame voilée «ils ont faitn’importe quoi ici». Elle continue, agacée, en attendant le second feu «de toute façon ici il n’y a quedes noirs et des arabes, alors pourquoi ils feraient quelque chose de bien ?». Elle s’en va ensuite l’airmaussade, traverser la route malgré le feu qui semble rester figé sur le vert pour les voitures. Lesgens s’y agglutinent tellement autour du feu de ce trottoir qu’il devient impossible pour les voituresde continuer leur chemin sans risquer d’écraser un des nombreux piétons qui débordent sur la route.Et arrive un moment où l’impatience l’emporte devant ce feu interminable et chacun capte lamoindre opportunité pour passer de l’autre coté de la route.

Rien n’est pour autant gagné. Le parcours du combattant continue sur la rue Camille Pelletan dontchacune des boutiques fait tourner la musique à fond, essentiellement du Rai, pour attirer laclientèle. Il faut slalomer sur les trottoirs étroits entre les passants et les échafaudages. La ruecommerçante essentiellement destinée aux femmes est bondée de grosse poussettes qui happent toutl’espace et de jeunes adolescentes venues en groupe, qui forment un bouclier impassible, habillées àl’image des boutiques. Un tee shirt de couleur, un jeans taille basse ajusté de chaussures noires,imitées d’un célèbre modèle de Doc Martens. Les boulangeries qui dégagent l’odeur du pain chaudet des pizzas n’améliorent pas le trafic sur ce trottoir où les gens qui perdent patience se bousculent,se heurtent, se donnent des coup d’épaules et s’insultent ! L’étroitesse des lieux est d’autant plusagrandie par les marchands ambulants café à la main, ici depuis 9h du matin, assis sur une marchequi attendent patiemment toute la journée qu’une femme s’intéresse à leur marchandise.La musique, la cohue, les bousculades, les injures, les klaxons, les poussettes, les jeunesadolescentes, tout ce dynamisme s’arrête soudain et on laisse derrière nous un autre monde.

Amina Lrhoula

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Le piano-bar du ferry Ajaccio-Toulon

Dès 19 heures le mercredi, les premiers passagers du ferry qui relie Ajaccio à Toulon prennent un verre au bar du pont sept. Ils s’installent autour du piano à demi-queue posé face au comptoir. Petit à petit, les conversations couvrent les notes suaves de la jeune pianiste. Le départ est prévu à 20 heures pour une arrivée en France à 7 heures 30 le lendemain matin. La musique en direct accompagnera les voyageurs pendant les quatre premières heures.

Avec des rires réprimés, un groupe de trois Marseillais s’assied à la table la plus proche de la pianiste. Ils jouent les fins mélomanes en l’observant avec insistance et tentent d’attirer son attention par des paroles aguicheuses. Sans se laisser déconcentrer, la jeune femme répond vaguement et enchaîne les rythmes cubains tranquilles, les standards de jazz, les classiques retravaillés. Les pointes de ses talons frôlent les pédales en-dessous et ses yeux se lèvent sans cesse au-dessus des partitions pour chercher des regards attentifs. Ils se tournent souvent vers les serveurs en jaquette jaune avec qui elle échange des œillades complices. Ils s’envoient des messages par des signes brefs et des grimaces évocatrices.

Le public est nombreux mais occupé à autre chose. Les accords qui terminent les morceaux virtuoses passent inaperçus dans le brouhaha des conversations. Les rares applaudissements viennent des admirateurs. Un jeune homme corse long et fin offre discrètement un verre à la pianiste au chemisier de soie et aux cheveux ramassés en torsades délicates derrière la tête.

Elle sourit face à la salle remplie mais souffle, dissimulée derrière son instrument, quand le vrombissement du moteur du bateau fait trembler tous les meubles ou quand un éclat de rire brise la lascivité du thème des « Feuilles Mortes ». « Non vi preocupare, sono ancora qui per quattre ore », essaye-t-elle d’expliquer aux Marseillais qui ne comprennent pas un mot d’italien.

Le garçon au visage fermé, la jeune femme aux épaules carrées avec son chignon tiré de cheveux blonds, le jeune Sarde basané passent et repassent devant elle avec leurs plateaux lourds de toutes sortes d’apéritifs. Ils débarrassent les tables rondes vissées sur la moquette bleue qui étouffe tous les sons. La pièce sent le Ricard et le vin rosé. Entre deux ballades, le tintement des verres et des bouteilles qui s’entrechoquent reprend le dessus.

« Tu vas où ? », aboie une dame ronde à son mari qui se lève. Comme beaucoup d’autres passagers, il se rend à l’extérieur pour assister au départ. Les couples âgés, les familles, ceux qui connaissent tout le monde et qui se retrouvent, circulent devant le piano noir et brillant. Les parents lancent des « tu te calmes ! » à leurs enfants trop agités. Dans un coin du bar qui se vide, la « Lettre à Elise » résonne encore pour ceux qui restent.

Elina Baseilhac

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Rois et reines de la fripe

A Marseille, sur la Plaine, mardi, jeudi et samedi matin,on vend de tout, du matériel de bricolage au vêtementd’occasion. Sur la grande place transformée en marché, lecoin le plus pittoresque est le stand des fripiers.

Poussettes, mères de famille surchargées, passants somnolents. Les gens sebousculent ou vont leur train, sans se presser. Des grappes de gosses zigzaguent aumilieu de la cohue. Passé 8h30, se frayer un passage dans le goulot qui ouvre le marchétient du combat. On progresse lentement, certains à coups de hanche ou de coude, dansdes effluves de pælla, d’orange coupée et d’odeurs corporelles.

Il suffit d’obliquer à droite pour soudain respirer. Les étals de fripes croulent sousune profusion de marchandise mais les allées sont larges. Edwige, visage usé, cheveuxnoir corbeau, ordonne son petit point de vente avec un faux air renfrogné. Trois ouquatre de ses copines, au teint basané de gitane ou cheveux décolorés, s’interpellent pardessusles têtes. Derrière, des camions bâillent, portes ouvertes. Un type essaie de seregarder en veste dans le rétroviseur. Un camelot mange distraitement sa portion depizza. Partout des gens et encore des gens.

Des dizaines de mains, des milliers de doigts qui brassent des amoncellements devêtements dans le mouvement de flux et de reflux de la foule. Les chiffonniers plongentles bras dans le tas remontant d’un grand geste les pièces inaccessibles. « 1 € 1 € les 2, 1€1 € 1 € les 2 », dit l’un. « 2 € la pièce et 5€ les 3 », dit un autre, du haut de son tabouret.Quelques hommes fouillent sans un mot, à la recherche de l’aubaine. Les acheteurs sontsurtout des femmes. De tous les âges et de toutes les classes sociales. Patientes,méticuleuses, elles prennent leur temps. L’article est inspecté sous toutes les coutures.On compare, on discute. Parfois il voyage de main en main. De la dame à la retraite à lafemme voilée. Le voisin, la voisine, donne volontiers son avis. Vous n’aurez pas besoin deraccourcir, voyez ! On se conseille, on rit, on fraternise. Le vêtement finit souvent sonpériple englouti par le brassage incessant.

Billets, pièces jaunes. L’argent passe et repasse dans un ballet de mains multiples.Les porte-monnaie s’ouvrent et se ferment. « 3 billets : 2 pour moi, 1 pour toi ! » plaisante unrevendeur. De grands rires et des exclamations traversent l’air un peu frais, le ciel grisbordé d’immeubles cossus et d’arbres sans feuilles.

A la fin du marché, on ne voit plus que sacs poubelle et des sacs de plastique engoguette que le vent balade pour se distraire.

Cécile de Ronde

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Vuvuzelas : le bruit et l’honneur

La Coupe du monde de football 2010 vue de l’AJM (2)

Un billet de Jan-Cyril Salemi

Depuis le début de la Coupe du Monde en Afrique du Sud, un concert de critiques est venu s’abattre sur les vuvuzelas. Ces trompettes traditionnelles ont envahi les stades et, pour les oreilles délicates, le bruit assourdissant qu’elles produisent est intolérable. Joueurs, entraîneurs, arbitres, médias, beaucoup se sont plaints de ce bourdonnement incessant pendant les matches.

S’il est vrai que le son de ces trompes donne l’impression d’un stade survolé par un essaim d’abeilles géant, leur utilisation appartient au patrimoine culturel sud-africain. Il s’agit même de l’adaptation moderne d’une corne de kudu, un genre d’antilope, utilisée comme signal de ralliement dans les villages traditionnels.

Devant le tollé grondant, leur interdiction a un temps été envisagée. En vain. Les tympans du monde vont devoir s’adapter au son des vuvuzelas.

Que penserait-on d’une compétition au Brésil où tambours et sifflets seraient bannis des tribunes, ou si aux USA, on empêchait les pom-pom girls de pousser leurs cris stridents ?

Cette attitude de rejet de la différence révèle une fois de plus l’ethnocentrisme du monde occidental et sa conviction de supériorité.

Ce n’est pas un simple détail. Il s’agit du principe fondamental de respect pour la culture et les valeurs du pays hôte. C’est même une question d’honneur pour le continent africain. Durant près d’un siècle, les populations indigènes d’Afrique du Sud ont subi un régime d’apartheid qui a les a humiliées et exclues de la société. Refuser l’expression d’un élément de leur patrimoine résonne comme une arrogance digne des temps coloniaux.

Les maîtres à penser occidentaux devront mettre en sourdine leur vieil air de pipeau, ils n’auront pas la peau des vuvuzelas.

J-C. S

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Bafanas tous fadas!

La Coupe du monde de football 2010 vue de l’AJM (1)

Un billet de Sharif

C’est parti pour un tour! Une autre coupe du monde, une autre façon parmi tant d’autre d’hypnotiser le peuple.

Reprise de volée sur tous nos problèmes (le temps d’un match). Hors-jeu le chômage, disqualifié le plan d’austérité, taclée la précarité et cartons rouges aux privilégiés. Sifflée la fin des guerres, dégagée loin devant la colonisation, sur le banc de touche les fachos, huée la main (mise) dans les caisses de l’état. Amortie la crise!

Petits et grands ponts nous aideront à passer au dessus de ceux qui dorment en dessous (sans jamais les voir). Mais la ola, vague éphémère, s’éteindra tantôt et le retour à la réalité mettra le holà à cette houle d’ivresse. Houlala!

Sombrero, coup du foulard et Panenka auront été l’opium du peuple le temps d’une pipe au coin (16/9ème) de la cheminée…tirrrrt! Fin du match, tout le mondial descend!

S.

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Explosion à Toulouse airport

Les journalistes de l’AJM mènent des vies pleines de danger. En mai dernier, alors que les nuages volcaniques islandais perturbaient le trafic aérien du continent, une reporter de cestquoilhistoire se trouvait à l’aéroport de Toulouse Blagnac. Dans cette ville d’où Mermoz et Saint-Exupéry s’envolaient entre-deux guerres aux commandes de leurs biplans de l’aéropostale et où s’assemblent aujourd’hui les Airbus, elle a pu assister à un événement incroyable. Enfin presque.

Un reportage de Fabienne Farrugia

Il est 17 h précises, ce 10 mai 2010, lorsqu’une explosion se produit dans l’enceinte de l’aéroport Toulouse-Blagnac. Explosion inattendue… mais pas pour tout le monde: l’opération a été dirigée de mains de maître par les agents de la police nationale affectés à l’aéroport toulousain.

16H40, niveau un de Toulouse-Blagnac : le rideau métallique de la boutique du Stade toulousain se ferme inopinément. Les deux ascenseurs empruntés par les personnes à mobilité réduite se bloquent. Les policiers les entourent d’un périmètre de sécurité bleue. Lire la suite

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Jules Guesde, place du commerce illégal

Dans le quartier de la Porte d’Aix, ventes, achats et trocs en tout genre animent chaque jour la place Jules Guesde. La police vient parfois faire des descentes au coeur de cette population cosmopolite qui tente, en se livrant à la vente à la sauvette, de gagner quelques euros.

Un reportage de Taha Jemili


« Chemma, malboro, legend, cigarett, n orro…! », annonce le vendeur dés qu’il voit un passant se rapprocher de la zone. La place a été aménagée en parking en plein air entre l’arc de triomphe de la porte d’Aix et le siège du Conseil régional. Des magasins tout commerces, trois cafés, deux snacks, une boulangerie, une boucherie et des boutiques de chaussure et de vêtement l’entourent. Lire la suite

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